Catégorie : Dépistage

Articles sur le dépistage des cancers : examens, âges, démarches et actualités des programmes en France.

  • Dépistage du cancer de la prostate : faut-il doser son PSA ?

    Dépistage du cancer de la prostate : faut-il doser son PSA ?

    En bref

    • Pas de dépistage organisé du cancer de la prostate en France : la HAS et l’Institut national du cancer ne recommandent pas de dosage systématique du PSA chez l’homme sans symptôme.
    • Un dépistage individuel reste possible, après avoir pesé avec votre médecin les bénéfices et les risques (surdiagnostic, surtraitement).
    • Les urologues de l’AFU proposent d’en parler à partir de 50 ans, et dès 40 à 45 ans en cas d’antécédents familiaux ou d’origine africaine ou afro-antillaise.
    • Des troubles urinaires, du sang dans les urines ou dans le sperme justifient une consultation, sans attendre.
    • Sur ordonnance, le dosage du PSA est remboursé à 60 % par l’Assurance maladie.

    Mis à jour en novembre 2026. Cet article d’information générale ne remplace pas l’avis de votre médecin.

    C’est le cancer le plus fréquent chez l’homme en France, et pourtant aucun courrier ne viendra vous inviter à le dépister. Contrairement aux cancers du sein, du col de l’utérus et colorectal, qui font l’objet de programmes de dépistage organisé, le cancer de la prostate relève d’une démarche individuelle. Le dosage du PSA, une simple prise de sang, est pourtant très répandu : selon l’Assurance maladie, citée par l’Institut national du cancer (INCa), environ trois hommes sur quatre de 50 à 69 ans ont eu au moins un dosage en trois ans.

    Ce décalage tient à un débat ancien. Les autorités de santé jugent que le bénéfice d’un dépistage généralisé n’est pas démontré et que ses effets indésirables sont réels. Les urologues défendent une détection précoce ciblée, appuyée sur l’IRM. Des résultats publiés fin 2025 et des expérimentations européennes ont relancé la discussion, sans changer pour l’instant la doctrine française.

    Le cancer de la prostate en quelques chiffres

    Selon l’INCa, le cancer de la prostate représente 24 % des cancers diagnostiqués chez l’homme, avec 59 885 nouveaux cas estimés en 2018 en France métropolitaine. Il a causé 9 002 décès en 2023, ce qui en fait la deuxième cause de mortalité par cancer chez l’homme. Il est rare avant 50 ans, l’âge médian au diagnostic est de 69 ans et environ trois décès sur quatre surviennent après 75 ans.

    Si ce chiffre date de 2018, c’est que Santé publique France a renoncé à projeter l’incidence de ce cancer, trop dépendante de la pratique du dosage du PSA : plus on dose, plus on découvre de tumeurs, y compris certaines qui ne se seraient jamais manifestées.

    Le PSA, un marqueur utile mais imparfait

    Le PSA (antigène spécifique de la prostate) est une protéine produite par la prostate. Son taux sanguin augmente souvent en cas de cancer, mais aussi en cas d’adénome (augmentation bénigne du volume de la prostate), de prostatite ou d’infection urinaire. Un rapport sexuel, un toucher rectal ou une sortie à vélo peuvent aussi le faire monter : parlez-en à votre médecin avant le prélèvement, conseille l’Assurance maladie. Ses limites sont connues :

    • dans environ 70 % des cas, un PSA élevé n’est pas lié à un cancer ;
    • à l’inverse, environ un cancer sur dix survient avec un PSA normal ;
    • le seuil et l’intervalle entre deux dosages ne font pas consensus. Le seuil le plus souvent cité est de 4 ng/ml, mais il dépend de la technique utilisée, et l’AFU retient 3 ng/ml pour orienter vers un urologue.

    Pourquoi il n’y a pas de dépistage organisé

    La position de la HAS

    En 2012, la Haute Autorité de santé a conclu qu’aucune preuve suffisante ne justifiait un dépistage par PSA, même chez les hommes considérés comme plus à risque, et que des effets délétères avaient été clairement identifiés. En 2013, elle a redit qu’un tel programme n’était recommandé ni en population générale, ni chez les hommes à haut risque, tout en insistant sur l’information des hommes qui envisagent un dépistage individuel. Nous n’avons pas trouvé de réévaluation publiée depuis.

    La position de l’INCa et du ministère

    Dans ses pages actualisées en novembre 2025, l’INCa estime que le bénéfice du dépistage n’est pas clairement démontré, les deux grands essais (l’européen ERSPC et l’américain PLCO) aboutissant à des conclusions contradictoires. L’institut évalue le surdiagnostic entre 30 et 50 % selon les études. Le 27 août 2026, en réponse à un sénateur, le ministère de la Santé a indiqué qu’il n’était pas prévu, à ce stade, de mettre en place un programme national.

    Ce que recommandent les urologues

    L’Association française d’urologie (AFU) ne réclame pas un dépistage de masse, mais une détection précoce des cancers agressifs chez des hommes informés dont l’espérance de vie dépasse dix ans. Ses recommandations 2024-2026 prévoient :

    • un premier bilan (PSA et toucher rectal) à partir de 50 ans ;
    • dès 40 à 45 ans chez les hommes d’origine africaine ou afro-antillaise ou ayant des antécédents familiaux ;
    • une détection précoce chez les porteurs de certaines mutations génétiques, comme BRCA2 ;
    • un contrôle tous les deux à quatre ans selon le PSA, et non chaque année ;
    • une IRM de la prostate avant toute première série de biopsies.

    Les urologues s’appuient sur la mise à jour de l’essai ERSPC publiée le 29 octobre 2025 dans le New England Journal of Medicine. Après 23 ans de suivi, le dépistage par PSA y réduit de 13 % le risque relatif de décès par cancer de la prostate, soit un décès évité pour 456 hommes invités. Mais il double aussi le nombre de cancers à faible risque diagnostiqués, difficulté centrale que l’AFU reconnaît. D’où son plaidoyer pour un dépistage personnalisé selon le risque de chacun.

    L’IRM et l’Europe changent-elles la donne ?

    L’imagerie a transformé le parcours qui suit un PSA élevé. Dans l’étude PRECISION (2018), une IRM avant biopsie a permis d’éviter ce geste chez 28 % des patients, rappelle l’AFU. Dans l’essai suédois STHLM3-MRI, qui associe PSA, IRM et biomarqueurs, le surdiagnostic tombe à 17 %, contre 48 % dans l’ERSPC.

    Le 9 décembre 2022, le Conseil de l’Union européenne a invité les États à évaluer, par une approche progressive incluant des projets pilotes, un dépistage organisé fondé sur le PSA complété par une IRM. Le projet européen PRAISE-U a testé ce parcours chez des hommes de 50 à 69 ans. La France figure parmi les pays participants, mais les sites pilotes se trouvaient en Espagne, en Irlande, en Pologne et en Lituanie. Présentés en mars 2026, les résultats montrent une participation de 13 % à 42 % selon les sites.

    En France, un programme de recherche de l’INCa, de la Ligue contre le cancer et de la Fondation ARC, dont l’appel à projets date d’avril 2025, cherche à mieux repérer les hommes à risque. Les recommandations nationales, elles, n’ont pas changé.

    Bénéfices et risques

    Un dosage peut permettre de découvrir un cancer à un stade précoce, avant l’apparition de symptômes, et un résultat normal peut rassurer. Mais il expose aussi à :

    • des résultats faussement anormaux, sources d’anxiété et d’examens complémentaires ;
    • des biopsies, dont les complications (saignements, infection) sont peu fréquentes mais possibles ;
    • le surdiagnostic : près de la moitié des cancers dépistés n’auraient pas nécessité de traitement ;
    • le surtraitement et ses séquelles (incontinence, troubles de l’érection, troubles intestinaux) : selon l’INCa, plus de la moitié des hommes traités ont au moins une complication dans les deux ans.

    Pour les cancers peu agressifs, une surveillance active, avec un traitement seulement si la maladie progresse, limite le surtraitement, sans supprimer le surdiagnostic.

    Êtes-vous plus à risque ?

    L’INCa retient trois facteurs : l’âge, les antécédents familiaux de cancer de la prostate et l’origine africaine ou afro-antillaise. La HAS cite aussi certains agents chimiques, dont le chlordécone, pesticide utilisé aux Antilles. Si plusieurs cancers sont survenus dans votre famille, parlez-en à votre médecin, qui pourra vous orienter vers une consultation d’oncogénétique (voir notre article sur les tests génétiques du cancer).

    Les positions divergent ici nettement : pour la HAS, appartenir à un groupe à risque ne justifie pas à lui seul un dépistage ciblé, faute de preuves, alors que l’AFU propose à ces hommes une détection précoce dès 40 à 45 ans.

    Les symptômes qui doivent faire consulter

    Un cancer de la prostate débutant ne provoque le plus souvent aucun symptôme. D’après l’Assurance maladie, consultez votre médecin traitant en cas de :

    • besoin fréquent d’uriner, en particulier la nuit ;
    • jet faible ou sensation de ne pas vider complètement la vessie ;
    • fuites urinaires, difficulté ou impossibilité à uriner, infections urinaires ;
    • sang dans les urines ou dans le sperme ;
    • difficultés d’érection ou douleurs à l’éjaculation.

    Ces troubles relèvent bien plus souvent d’un adénome ou d’une prostatite que d’un cancer. Et en présence de symptômes, on ne parle plus de dépistage mais de diagnostic.

    Décider avec votre médecin

    Tous les acteurs se rejoignent sur un point : un homme sans symptôme ne devrait pas se voir prescrire un PSA au détour d’un bilan sanguin, sans en avoir parlé. L’INCa, l’Assurance maladie et le Collège de la médecine générale ont conçu pour cela une brochure, « Le dépistage du cancer de la prostate : s’informer avant de décider ». Quelques questions à poser :

    • Que se passera-t-il si mon PSA est élevé : nouveau dosage, IRM, biopsie ?
    • Si l’on découvre un cancer peu agressif, une surveillance active est-elle envisageable ?
    • À quel rythme refaire le dosage, et jusqu’à quel âge ?

    Refuser le dosage est un choix aussi légitime que l’accepter, l’essentiel étant de décider en connaissance de cause. La logique est différente pour le dépistage organisé du cancer colorectal, qui s’adresse aux hommes comme aux femmes de 50 à 74 ans, sur invitation.

    Questions fréquentes

    À partir de quel âge faire doser son PSA ?

    Il n’existe pas d’âge officiel, puisque les autorités de santé ne recommandent pas de dépistage systématique. L’AFU propose d’en discuter à partir de 50 ans, ou dès 40 à 45 ans pour les hommes à risque, et d’arrêter lorsque l’espérance de vie estimée passe sous dix ans. La décision se prend avec votre médecin traitant.

    Un PSA élevé signifie-t-il un cancer ?

    Non. Dans environ sept cas sur dix, un PSA élevé n’est pas lié à un cancer. Selon l’AFU, une valeur élevée doit être contrôlée par un nouveau dosage. Si elle se confirme, une consultation d’urologie et une IRM peuvent être proposées avant d’envisager une biopsie.

    Faut-il aussi un toucher rectal ?

    L’INCa juge l’association PSA et toucher rectal la plus performante, et l’AFU l’intègre à son premier bilan. Un toucher rectal normal n’exclut pas un cancer pour autant.

    Le dosage du PSA est-il remboursé ?

    Oui, sur ordonnance, à 60 % du tarif de l’Assurance maladie comme les autres analyses de biologie, votre complémentaire santé pouvant couvrir le reste. Si un cancer est diagnostiqué et reconnu en affection de longue durée (ALD), les examens et soins liés sont pris en charge à 100 % sur la base de ces tarifs.

    Un dépistage organisé va-t-il être mis en place ?

    Pas dans l’immédiat : fin août 2026, le ministère de la Santé indiquait qu’aucun programme national n’était prévu à ce stade. Les expérimentations européennes pourraient toutefois nourrir une future réévaluation.

    Sources

  • Dépistage du cancer du poumon en France : le programme Impulsion

    Dépistage du cancer du poumon en France : le programme Impulsion

    En bref

    • La France n’a pas encore de dépistage organisé du cancer du poumon. Un programme pilote national, IMPULSION, inclut des volontaires depuis mai 2026 dans cinq régions, dont l’Île-de-France.
    • Il s’adresse aux personnes de 50 à 74 ans qui fument ou ont arrêté depuis moins de 15 ans, avec un tabagisme d’au moins 20 paquets-années.
    • L’examen est un scanner thoracique à faible dose, sans injection, pris en charge à 100 % : deux scanners à un an d’intervalle, puis un tous les deux ans.
    • Pour vérifier votre éligibilité : le 34 33, le site depistage-cancer-poumon.fr ou votre médecin traitant.
    • Une aide à l’arrêt du tabac est proposée à chaque participant fumeur.

    Mis à jour en novembre 2026. Cet article d’information générale ne remplace pas l’avis de votre médecin.

    Le cancer du poumon est le plus meurtrier des cancers en France. L’Institut national du cancer (INCa) recense environ 53 000 nouveaux cas par an et 30 896 décès en 2022. Longtemps silencieux, il est découvert à un stade avancé dans 73 % des cas, et le taux de survie nette à cinq ans n’est que de 20 %.

    Contrairement aux cancers du sein, colorectal et du col de l’utérus, il ne fait pas encore l’objet d’un dépistage organisé. Mais depuis mai 2026, un programme pilote baptisé IMPULSION propose un scanner du thorax à des fumeurs et anciens fumeurs dans cinq régions. Le but : repérer des cancers plus tôt et préparer un éventuel dépistage national.

    Pourquoi un programme pilote d’abord

    En 2022, la Haute Autorité de santé (HAS) a reconnu que le scanner à faible dose réduit la mortalité par cancer du poumon chez les personnes fortement exposées au tabac, de l’ordre de 5 vies sauvées pour 1 000 personnes dépistées. Mais trop de questions restaient ouvertes (population à cibler, rythme des examens, surdiagnostic, coût, inégalités d’accès) pour lancer d’emblée un programme national. Elle a donc recommandé un programme pilote confié à l’INCa.

    Retenu en janvier 2025 et financé à hauteur de 6 millions d’euros, IMPULSION est coordonné par la Pr Marie-Pierre Revel (AP-HP) et le Pr Sébastien Couraud (Hospices civils de Lyon). Annoncé pour 2025, il a ouvert ses inclusions en mai 2026 en Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France, Île-de-France, Pays de la Loire et Provence-Alpes-Côte d’Azur. C’est un programme de recherche : chaque participant signe un consentement.

    Qui est concerné par le dépistage du cancer du poumon ?

    Trois conditions doivent être réunies :

    • avoir entre 50 et 74 ans ;
    • fumer, ou avoir arrêté depuis moins de 15 ans ;
    • avoir fumé au moins 20 paquets-années, ou plus de 15 cigarettes par jour pendant plus de 25 ans, ou plus de 10 cigarettes par jour pendant plus de 30 ans.

    Vingt paquets-années, c’est par exemple un paquet par jour pendant 20 ans. Le tabac roulé, les cigarillos, les cigares, la pipe et la chicha comptent aussi. Votre médecin ou le centre d’appel peuvent vous aider à faire le calcul.

    Sont exclues les personnes qui ont des symptômes évocateurs (elles doivent consulter sans attendre), celles atteintes de maladies graves empêchant une prise en charge et, temporairement, celles qui ont passé un scanner thoracique il y a moins de 12 mois.

    Le scanner faible dose, comment ça se passe

    Il s’agit d’un scanner du thorax sans injection, réglé pour limiter l’exposition aux rayons X. Il dure moins de dix minutes, sans douleur ni anesthésie. Les images sont lues par deux radiologues formés à ce dépistage, avec l’appui d’un logiciel d’intelligence artificielle. Un deuxième scanner a lieu un an après le premier, puis un tous les deux ans. Les résultats sont transmis sous quinze jours à vous et à votre médecin traitant.

    Comment lire les résultats

    • Négatif : aucune anomalie suspecte, soit environ 89 participants sur 100 selon le site du programme. Le suivi doit toutefois continuer.
    • Indéterminé : une anomalie est à surveiller, avec un scanner de contrôle à 1, 3 ou 6 mois. La plupart se révèlent non cancéreuses.
    • Positif : environ 2 cas sur 100. L’image évoque un cancer, ce qui se confirme à peu près une fois sur deux. Des examens complémentaires sont alors organisés.

    Des bénéfices, et des limites

    Les essais NLST et NELSON ont montré une baisse de 20 à 25 % de la mortalité par cancer du poumon chez les personnes dépistées. L’INCa estime à 13 000 le nombre de décès évitables en cinq ans en France. En face, la HAS relevait que 0,1 % à 1,5 % des personnes incluses dans les études avaient subi un examen invasif à cause d’un faux positif. S’y ajoutent le surdiagnostic (des lésions qui n’auraient jamais évolué) et l’anxiété de l’attente.

    Comment participer

    1. Vérifier son éligibilité : questionnaire en ligne sur depistage-cancer-poumon.fr, centre d’appel national au 34 33, ou un professionnel de santé. Les généralistes y jouent un rôle clé (voir notre espace professionnels de santé).
    2. Passer la consultation d’inclusion avec un médecin investigateur, qui confirme l’éligibilité et recueille votre consentement.
    3. Prendre rendez-vous pour le scanner dans un centre de radiologie habilité, repéré sur la carte du site officiel. Le 34 33 aide à trouver un centre mais ne donne pas les rendez-vous.

    Le scanner est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie, sans avance de frais. Les consultations, les examens complémentaires et les éventuels soins sont remboursés dans les conditions habituelles.

    L’Île-de-France fait partie des régions pilotes, Hauts-de-Seine compris. Les centres ouvrent progressivement (l’INCa prévoit 5 à 15 centres de radiologie par région) : la carte du site officiel indique ceux qui sont ouverts. Pour les autres dépistages du département, consultez notre page se faire dépister dans les Hauts-de-Seine.

    Où en est le programme fin 2026 ?

    Six mois après l’ouverture des inclusions, IMPULSION recrute. L’objectif est de réunir 20 000 volontaires sur 18 à 24 mois, soit vraisemblablement jusqu’à fin 2027 ou début 2028. Au printemps, l’agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes visait 2 514 inclusions. Aucun bilan national des inclusions n’avait été publié, à notre connaissance, à la date de cette mise à jour.

    Le dépistage doit ensuite être étendu progressivement à d’autres régions. Si les résultats se confirment, il pourrait servir de modèle à un déploiement à grande échelle « à l’horizon 2030 », selon l’INCa. Aucun calendrier officiel de généralisation n’est arrêté.

    Ce que font déjà d’autres pays

    L’INCa cite des programmes de dépistage par scanner faible dose en Roumanie, en Croatie, en Italie, en Angleterre et en Australie. En Angleterre, le programme national vise les 55 à 74 ans ayant fumé ; ceux jugés à haut risque passent un scanner tous les deux ans, avec une couverture complète visée pour mars 2030. Aux États-Unis, l’U.S. Preventive Services Task Force recommande depuis 2021 un scanner annuel de 50 à 80 ans, avec les mêmes seuils de 20 paquets-années et d’arrêt depuis moins de 15 ans.

    Comme en Angleterre, le rythme français passe à un scanner tous les deux ans après les deux premiers examens. La France a surtout choisi d’évaluer l’organisation en conditions réelles avant de généraliser.

    Arrêter de fumer reste la meilleure protection

    Le scanner repère un cancer, il ne l’empêche pas. Le tabac est en cause dans plus de 80 % des cancers du poumon, et Santé publique France lui attribue plus de 68 000 décès en 2023. D’après les données de l’essai NLST citées par l’INCa, associer dépistage et arrêt du tabac réduit de 38 % le risque de décès par cancer du poumon. IMPULSION propose donc systématiquement une aide au sevrage, sans en faire une condition de participation. D’autres ressources existent :

    • Tabac info service, au 39 89, offre un accompagnement gratuit par un tabacologue et une application d’e-coaching.
    • Mois sans tabac, dont la 11e édition se tient en novembre 2026, invite à arrêter 30 jours, ce qui multiplie par cinq les chances d’arrêter à long terme selon Santé publique France.
    • La grande majorité des substituts nicotiniques sont remboursés à 65 % sur prescription.

    Votre médecin traitant ou un tabacologue vous aidera à choisir la méthode adaptée.

    Les signes qui doivent faire consulter

    Le dépistage s’adresse à des personnes sans symptômes. Si vous en avez, même sans avoir jamais fumé, consultez votre médecin sans attendre. L’INCa et l’Assurance maladie citent notamment :

    • une toux nouvelle, qui persiste ou qui change ;
    • des crachats de sang ;
    • un essoufflement récent ou qui s’aggrave ;
    • des douleurs dans la poitrine ou l’épaule ;
    • des bronchites ou pneumonies à répétition ;
    • une voix enrouée qui dure ;
    • une fatigue persistante, une perte d’appétit ou un amaigrissement inexpliqué.

    Ces signes peuvent avoir bien d’autres causes, mais leur persistance doit alerter.

    Questions fréquentes

    Le dépistage du cancer du poumon est-il gratuit ?

    Le scanner, oui : il est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie, sans avance de frais. Les consultations et examens complémentaires sont remboursés comme d’habitude.

    J’ai arrêté de fumer il y a plus de 15 ans, suis-je concerné ?

    Pas dans le cadre du programme, réservé aux fumeurs et aux anciens fumeurs sevrés depuis moins de 15 ans. En cas de symptômes ou d’inquiétude, parlez-en à votre médecin traitant.

    Un résultat positif veut-il dire que j’ai un cancer ?

    Pas forcément. Environ la moitié seulement des scanners positifs correspondent à un cancer. Des examens complémentaires permettent de trancher.

    J’habite hors des régions pilotes, que faire ?

    Le programme doit s’étendre progressivement. En attendant, le site officiel et le 34 33 indiquent les centres ouverts, et votre médecin traitant peut faire le point sur votre situation.

    Le scanner faible dose est-il risqué ?

    Il utilise des rayons X à dose volontairement limitée, sans injection. La HAS a demandé que les risques des examens répétés, du surdiagnostic et des faux positifs soient mieux documentés : c’est l’un des objectifs du programme pilote.

    Sources

  • Grain de beauté inquiétant : repérer un cancer de la peau à temps

    Grain de beauté inquiétant : repérer un cancer de la peau à temps

    En bref

    • La règle ABCDE et le signe du « vilain petit canard » aident à repérer un grain de beauté qui mérite un avis médical.
    • La plupart des mélanomes apparaissent sur une peau sans grain de beauté : une tache nouvelle compte autant qu’un grain de beauté qui change.
    • Les personnes à risque sont invitées à examiner leur peau environ tous les trois mois et à voir un dermatologue une fois par an.
    • Il n’existe pas de dépistage organisé des cancers de la peau en France : le premier interlocuteur reste le médecin traitant.

    Mis à jour en novembre 2026. Cet article d’information générale ne remplace pas l’avis de votre médecin.

    Un grain de beauté qui grossit, une tache brune apparue sur le dos de la main, une croûte sur le nez qui ne part pas. Le plus souvent, ce n’est rien de grave. Mais c’est souvent ainsi que se signale un cancer de la peau, et le moment où on le repère change tout : selon l’Institut national du cancer (INCa), un mélanome détecté tôt peut souvent être guéri par une simple ablation, avec une survie à cinq ans estimée à 91 %. Diagnostiqué tard, il devient beaucoup plus difficile à traiter.

    Avec plus de 100 000 nouveaux cas par an selon l’INCa, les cancers de la peau sont les plus fréquents en France. Ils ne font pourtant l’objet d’aucun dépistage organisé. L’Assurance maladie, la Haute Autorité de santé (HAS) et l’INCa défendent donc trois réflexes : connaître les signes d’alerte, surveiller sa peau quand on est à risque, consulter sans tarder en cas de doute.

    Mélanome et carcinomes, deux familles de cancers

    Les carcinomes représentent environ 90 % des cancers cutanés, selon l’INCa : les basocellulaires (70 %) et les épidermoïdes (20 %), plus rares mais plus agressifs. Ils apparaissent en général après 50 ans sur les zones exposées (visage, cou, épaules, avant-bras, jambes), souvent sous la forme d’une plaie qui ne cicatrise pas, d’un bouton ou d’une croûte qui persiste. Ils se guérissent facilement dans la majorité des cas, mais un carcinome épidermoïde retiré trop tard peut donner des métastases.

    Le mélanome ne pèse qu’environ 10 % des cancers cutanés, avec 17 922 nouveaux cas estimés en 2023 en France métropolitaine. C’est pourtant le plus grave : diagnostiqué tard, il peut se propager en quelques mois. Il naît des mélanocytes, les cellules qui fabriquent le pigment de la peau, et contrairement à une idée reçue, 70 à 80 % des mélanomes apparaissent sur une peau saine, hors de tout grain de beauté existant. Il peut surgir partout, cuir chevelu compris.

    La règle ABCDE pour repérer un grain de beauté inquiétant

    Pour les grains de beauté et les taches pigmentées, l’Assurance maladie et la HAS s’appuient sur la règle ABCDE :

    • A comme asymétrie : la forme n’est ni ronde ni ovale.
    • B comme bords : ils sont irréguliers, dentelés ou mal délimités.
    • C comme couleur : plusieurs teintes coexistent (noir, bleu, marron, rouge ou blanc).
    • D comme diamètre : il dépasse en général 6 millimètres.
    • E comme évolution : le grain de beauté grossit, change d’épaisseur, de forme ou de couleur.

    Un ou plusieurs de ces critères ne signifient pas forcément un mélanome, mais ils justifient un avis médical sans attendre. La HAS insiste sur le dernier : toute tache qui change rapidement constitue en soi un signe d’alerte.

    Le signe du « vilain petit canard »

    Chez une même personne, les grains de beauté se ressemblent en général. Celui qui ne ressemble pas aux autres doit attirer l’attention et, selon l’Assurance maladie, amener à consulter.

    D’autres signes à connaître

    • une tache brune ou noire apparue récemment, qui grossit, s’épaissit puis change d’aspect ;
    • sous un ongle, une bande brune ou noire dans le sens de la longueur, qui s’élargit lentement et ne disparaît pas.

    L’auto-examen de la peau, mode d’emploi

    L’Assurance maladie recommande d’examiner sa peau environ tous les trois mois, surtout en présence de facteurs de risque. Le but : connaître ses grains de beauté pour repérer ce qui change. Il vous faut une pièce bien éclairée, un grand miroir et un miroir à main.

    1. Déshabillé, examinez à l’œil nu ce que vous voyez directement : paumes, plantes des pieds, ongles, espaces entre les doigts, bras et jambes.
    2. Devant le miroir en pied, observez-vous de haut en bas, de face puis de chaque côté, bras levés.
    3. Avec le miroir à main, inspectez nuque, dos, fesses, arrière des bras et des jambes, région génitale.
    4. Pour le cuir chevelu, demandez l’aide d’un proche.

    Pensez aussi aux oreilles et aux espaces entre les orteils. Si vous avez beaucoup de grains de beauté, l’INCa suggère de les photographier régulièrement pour mieux repérer de petites modifications.

    Qui doit être particulièrement vigilant ?

    La HAS, l’INCa et l’Assurance maladie citent plusieurs facteurs de risque :

    • une peau claire (phototypes I et II), des cheveux blonds ou roux, des taches de rousseur ;
    • de nombreux grains de beauté (40 ou plus), ou des grains de beauté larges et irréguliers ;
    • des coups de soleil sévères dans l’enfance ou l’adolescence ;
    • un antécédent personnel ou familial de mélanome ;
    • l’usage de cabines de bronzage ;
    • une immunodépression ;
    • une forte exposition au soleil, professionnelle ou de loisirs.

    Ces facteurs ne signifient pas que vous développerez un cancer, mais ils justifient, selon la HAS, un suivi spécifique : auto-examen régulier et examen par un dermatologue une fois par an, rythme que le médecin peut adapter. Environ 10 % des mélanomes surviennent dans un contexte familial, d’après l’INCa. Sur ce sujet, lisez aussi notre article sur les tests génétiques du cancer.

    Quand et qui consulter

    Tache nouvelle, grain de beauté qui change ou qui ne ressemble pas aux autres, lésion qui ne cicatrise pas : l’Assurance maladie conseille un avis médical sans attendre. Le premier interlocuteur est le médecin traitant, qui examine la lésion, évalue vos facteurs de risque et vous oriente si besoin vers un dermatologue.

    Le dermatologue examine toute la peau, au besoin avec un dermoscope, une loupe éclairante. Il peut surveiller la lésion ou la retirer sous anesthésie locale pour la faire analyser : c’est cette analyse qui confirme ou écarte le diagnostic.

    Remboursement et délais

    Le dermatologue ne fait pas partie des spécialistes en accès direct : vous pouvez le consulter sans passer par votre médecin traitant, mais vous serez moins bien remboursé, rappelle l’Assurance maladie. Côté délais, une enquête de la DREES publiée en 2018 classait la dermatologie parmi les spécialités où l’attente est la plus longue, mais observait des délais nettement plus courts en cas d’apparition ou d’aggravation de symptômes. Précisez donc qu’une lésion a changé.

    La téléexpertise, un avis à distance

    Votre médecin peut aussi solliciter l’avis d’un dermatologue à distance, par téléexpertise, après avoir recueilli votre accord. L’acte est pris en charge à 100 % par l’assurance maladie obligatoire. La Société française de dermatologie a publié des recommandations pour que les photographies transmises dans ce cadre soient exploitables.

    Pourquoi il n’existe pas de dépistage organisé

    Contrairement aux cancers du sein, colorectal et du col de l’utérus, présentés dans notre guide des dépistages organisés, les cancers de la peau n’ont pas de programme national. En septembre 2025, le ministère chargé de la santé a rappelé qu’on ne peut pas les identifier avant l’apparition de signes, même si un examen visuel permet de les détecter tôt. La HAS, dans ses recommandations de 2006 et 2020, ne préconise pas de campagne annuelle d’incitation au diagnostic précoce, faute de preuve d’une baisse de la mortalité. Elle mise plutôt sur la formation des professionnels et le repérage des personnes à risque.

    Restent des initiatives ponctuelles, comme la semaine de prévention et de dépistage des cancers de la peau du Syndicat national des dermatologues-vénéréologues, dont l’édition 2025 s’est tenue du 2 au 8 juin. Ses modalités varient d’une année à l’autre. Le ministère indiquait par ailleurs que la prévention de ces cancers était étudiée pour la feuille de route 2026-2030 de la stratégie décennale de lutte contre les cancers.

    Se protéger du soleil : les repères officiels

    Selon Santé publique France, plus de 85 % des cancers de la peau sont attribuables à une exposition excessive aux ultraviolets, naturels ou artificiels. Les repères de l’INCa et de l’Assurance maladie :

    • en été, éviter le soleil entre 12 h et 16 h en métropole (10 h et 14 h outre-mer) et rechercher l’ombre ;
    • porter des vêtements couvrants, un chapeau à larges bords et des lunettes filtrant les UV ;
    • appliquer une crème anti-UVA et anti-UVB d’indice 50 (30 au minimum selon l’Assurance maladie), à renouveler toutes les deux heures et après la baignade ;
    • ne pas exposer au soleil les enfants de moins de 3 ans, recommande l’INCa ;
    • se protéger même par temps nuageux.

    La crème solaire ne doit pas servir à prolonger l’exposition, et le bronzage ne protège pas. Les cabines UV, interdites aux mineurs, ne préparent pas la peau au soleil : l’INCa leur attribue environ 380 nouveaux cas de mélanome par an. Ces repères valent aussi au quotidien, pour profiter de la nature ou courir dehors : il suffit d’adapter ses horaires et sa tenue.

    Questions fréquentes

    Un grain de beauté qui change est-il forcément un cancer ?

    Non. Un ou plusieurs signes d’alerte ne signifient pas obligatoirement un mélanome, précisent la HAS et l’Assurance maladie. Tout changement justifie toutefois un avis médical rapide, car seul un médecin peut trancher, si besoin après analyse de la lésion.

    Les personnes à la peau foncée sont-elles concernées ?

    Le risque est plus faible, mais pas nul. L’Assurance maladie décrit une forme, le mélanome acrolentigineux, qui se développe sur les paumes, les plantes des pieds ou sous les ongles, surtout chez les peaux foncées.

    Une application peut-elle analyser mes grains de beauté ?

    L’Assurance maladie relaie la mise en garde de la Société française de dermatologie contre les dépistages par intelligence artificielle sans supervision d’un dermatologue ni validation scientifique. Une application ne remplace pas un examen médical.

    Faut-il faire retirer ses grains de beauté par précaution ?

    La majorité des mélanomes apparaissent sur une peau saine. Face à une lésion suspecte, c’est le dermatologue qui décide de la surveiller ou de la retirer pour analyse. Parlez-en avec votre médecin.

    Sources

  • Tests génétiques du cancer : BRCA, Lynch et oncogénétique en France

    Tests génétiques du cancer : BRCA, Lynch et oncogénétique en France

    En bref

    • Selon l’Institut national du cancer (INCa), près de 5 % des cancers diagnostiqués sont liés à une altération génétique héréditaire.
    • Le test se fait lors d’une consultation d’oncogénétique : d’abord chez la personne malade la plus susceptible d’être porteuse, puis de façon ciblée chez ses proches.
    • En cas d’altération, la loi impose d’en informer sa famille, soi-même ou par l’intermédiaire du médecin.
    • Un assureur ne peut ni demander ni utiliser un résultat génétique pour une garantie décès ou invalidité. Acheter un test génétique sur Internet est interdit en France.

    Mis à jour en novembre 2026. Cet article d’information générale ne remplace pas l’avis de votre médecin.

    Une mère et une tante atteintes d’un cancer du sein avant 45 ans, un père opéré d’un cancer du côlon à 42 ans : ce genre d’histoire familiale pousse beaucoup de personnes à se demander si elles ont hérité d’un risque. En France, la réponse passe par une filière dédiée, l’oncogénétique, qui associe une consultation spécialisée et, si elle se justifie, un test génétique de prédisposition.

    Ce test n’a rien à voir avec les kits ADN vendus en ligne ni avec les analyses pratiquées sur une tumeur. Il recherche une altération présente dans toutes les cellules depuis la naissance, transmissible aux enfants, et son résultat concerne toujours plusieurs membres d’une famille.

    Quelle part des cancers est héréditaire ?

    La plupart des cancers ne sont pas héréditaires. Selon l’INCa, près de 5 % des cancers diagnostiqués sont liés à une altération dite constitutionnelle, présente dès la naissance (5 à 10 % selon certaines pages grand public de l’Institut). Plus de 80 gènes de prédisposition sont connus. Être porteur signifie un risque accru, pas un diagnostic de cancer.

    Les principales prédispositions

    Le syndrome seins-ovaires : BRCA1, BRCA2 et d’autres gènes

    L’INCa estime qu’environ 2 femmes sur 1 000 sont porteuses d’une altération de BRCA1 ou BRCA2. Les estimations reprises par l’Institut, issues d’une étude de 2003, situent le risque de cancer du sein avant 70 ans autour de 65 % pour BRCA1 et 45 % pour BRCA2, contre environ 10 % dans la population générale. Pour l’ovaire, il est estimé à 45 % (BRCA1) et 11 % (BRCA2).

    Le test BRCA ne se limite plus à ces deux gènes : le Groupe génétique et cancer (GGC-Unicancer) retient pour le sein et l’ovaire un panel de 13 gènes, dont PALB2, TP53, PTEN, CDH1, RAD51C et RAD51D.

    Le syndrome de Lynch

    Principale forme héréditaire de cancer colorectal, il serait en cause dans environ 3 % de ces cancers selon la Haute Autorité de santé (HAS). Il est lié aux gènes MLH1, MSH2, MSH6, PMS2 ou EPCAM. Les données citées par l’INCa situent le risque avant 70 ans entre 30 et 48 % pour le cancer colorectal et entre 30 et 54 % pour celui de l’endomètre.

    Des formes plus rares

    Polypose adénomateuse familiale (gènes APC ou MUTYH), syndrome de Li-Fraumeni (TP53), syndrome de Cowden (PTEN), maladie de von Hippel-Lindau ou rétinoblastome : chacune a ses organes cibles et son propre suivi.

    Qui peut bénéficier d’un test génétique ?

    D’après l’INCa, une consultation d’oncogénétique est généralement conseillée lorsque :

    • une personne atteinte d’un cancer compte de nombreux cas dans sa famille ;
    • un cancer est survenu jeune, ou une même personne a eu plusieurs cancers ;
    • une altération a déjà été identifiée chez un proche ;
    • l’analyse d’une tumeur a révélé une altération qui pourrait être héréditaire.

    Pour le sein et l’ovaire, d’autres signes comptent : plusieurs cancers du sein dans une même branche familiale, un cancer du sein à 40 ans ou avant, une atteinte des deux seins, un cancer de l’ovaire ou un cancer du sein chez un homme. Les médecins utilisent le score d’Eisinger, calculé à partir de l’arbre généalogique : à partir de 3, une consultation est indiquée. Pour le syndrome de Lynch, la HAS cite notamment un cancer colorectal avant 50 ans dans la famille.

    Le point d’entrée reste votre médecin traitant, votre gynécologue ou votre cancérologue (voir aussi notre espace professionnels de santé).

    La consultation d’oncogénétique, étape par étape

    Un réseau national

    Ces consultations relèvent du dispositif national d’oncogénétique soutenu par l’INCa. En 2022, il comptait 143 sites dans 103 villes, adossés à 26 laboratoires, et 94 855 consultations ont eu lieu. Le délai médian pour un premier rendez-vous atteignait 12 semaines pour une personne malade et 9,5 semaines pour un apparenté.

    Le premier rendez-vous

    Un médecin ou un conseiller en génétique reconstitue avec vous l’arbre généalogique : quels cancers, chez qui, à quel âge. Il estime la probabilité d’une prédisposition et décide si un test est utile. Celui-ci exige votre consentement écrit ; vous pouvez le refuser ou prendre un délai de réflexion. Un psychologue peut vous accompagner.

    Le cas index, puis les apparentés

    Le test est d’abord proposé au « cas index », la personne la plus susceptible d’être porteuse, souvent quelqu’un qui a eu un cancer. Une prise de sang ou un prélèvement de cellules de la bouche suffit. L’analyse d’un panel de gènes peut prendre plusieurs mois. Si une altération est trouvée, les apparentés qui le souhaitent peuvent consulter à leur tour : leur test, ciblé sur l’altération familiale, est plus simple et plus rapide.

    Qui paie ?

    Les analyses par panels de gènes relèvent aujourd’hui d’un financement spécifique, le référentiel des actes innovants hors nomenclature (RIHN) ; la HAS a publié en novembre 2025 des principes d’évaluation en vue d’une prise en charge pérenne par l’Assurance maladie. Demandez à l’équipe si des frais peuvent rester à votre charge. Après un résultat positif, les examens de surveillance mammaire recommandés sont exonérés du ticket modérateur.

    Informer sa famille : une obligation légale

    L’article L1131-1 du Code de la santé publique, modifié par la loi de bioéthique de 2021, prévoit qu’en cas d’anomalie génétique grave, la personne « est tenue d’informer les membres de sa famille potentiellement concernés » dont elle connaît les coordonnées, dès lors que des mesures de prévention ou de soins peuvent leur être proposées.

    Avant même le test, le médecin vous informe des risques qu’un silence ferait courir à vos proches et prévoit avec vous, par écrit, la façon de les prévenir. Deux options :

    • les informer vous-même, en leur donnant les coordonnées du médecin prescripteur ;
    • demander par écrit au médecin de s’en charger : il leur adresse un courrier les invitant à consulter un médecin qualifié en génétique, sans révéler votre identité, l’anomalie ni les risques.

    Vous pouvez aussi refuser de connaître votre résultat et autoriser le médecin à prévenir votre famille.

    Ce que change un résultat positif

    Un résultat positif ouvre l’accès à un suivi personnalisé, défini en réunion de concertation pluridisciplinaire et coordonné par l’un des 17 programmes régionaux ou interrégionaux. Il associe surveillance renforcée et, parfois, chirurgie préventive.

    Altération BRCA

    Les femmes concernées ne relèvent pas du dépistage organisé du cancer du sein, destiné aux femmes de 50 à 74 ans sans risque particulier. L’INCa recommande un examen clinique des seins tous les six mois dès 20 ans puis, à partir de 30 ans, une IRM et une mammographie chaque année, avec une échographie si besoin. Une chirurgie de réduction du risque, sur les seins ou sur les ovaires et les trompes, peut se discuter au cas par cas, selon le gène et l’âge.

    Syndrome de Lynch

    Le dépistage organisé du cancer colorectal par test immunologique vise les personnes à risque moyen. En cas de syndrome de Lynch, la HAS recommande une coloscopie avec chromoendoscopie (coloration de la paroi intestinale) tous les un à deux ans dès 20 à 25 ans, ainsi qu’une gastroscopie.

    Et si le test est négatif ?

    Un apparenté négatif n’a pas hérité de l’altération familiale et ne peut pas la transmettre ; pour le Lynch, la HAS le considère alors à risque moyen. Chez le cas index, l’absence d’altération n’exclut pas totalement une prédisposition, et une surveillance adaptée peut être maintenue si les antécédents sont nombreux. Le test peut aussi révéler un variant de signification incertaine, qui appelle des examens complémentaires.

    Assurance, emploi : ce que prévoit la loi

    L’article L1141-1 du Code de la santé publique interdit aux organismes proposant une garantie décès ou invalidité, comme celles liées à un prêt immobilier, de tenir compte des résultats d’un examen génétique, même transmis par la personne. Ils ne peuvent ni poser de question sur les tests génétiques ni demander d’en passer un, avant comme pendant le contrat.

    Le Code civil (article 16-13) interdit toute discrimination en raison des caractéristiques génétiques, et le Code du travail (article L1132-1) range ce critère parmi les motifs prohibés, de l’embauche au licenciement. Ces protections visent les données génétiques : un cancer déjà diagnostiqué relève d’autres règles.

    Ni un kit en ligne, ni un test sur la tumeur

    En France, l’examen des caractéristiques génétiques n’est permis qu’à des fins médicales ou de recherche, avec un consentement écrit (article 16-10 du Code civil). Le solliciter hors de ce cadre est puni de 3 750 euros d’amende (article 226-28-1 du Code pénal). L’Agence de la biomédecine le rappelle : acheter un test génétique sur Internet est interdit, et ses résultats n’ont aucune valeur médicale pour évaluer un risque de maladie génétique.

    Les analyses dites somatiques, elles, portent sur un fragment de tumeur et servent souvent à orienter le traitement, par exemple la recherche d’une altération BRCA avant un inhibiteur de PARP dans certains cancers de l’ovaire. Une altération limitée à la tumeur ne se transmet pas, mais ces analyses peuvent révéler une piste héréditaire : la loi (article L1130-2 du Code de la santé publique) prévoit alors une orientation vers un médecin qualifié en génétique. Voir aussi notre guide du dépistage des cancers.

    Questions fréquentes

    Peut-on faire un test BRCA sans antécédent familial ?

    Ce n’est pas un examen de dépistage pour toute la population. Mais un cancer survenu jeune ou plusieurs cancers peuvent justifier une consultation, même sans cas dans la famille, et l’INCa la recommande dès le diagnostic de tout cancer de l’ovaire. Parlez-en à votre médecin.

    Combien de temps faut-il pour avoir les résultats ?

    Pour le cas index, l’analyse peut prendre plusieurs mois selon l’INCa ; le test ciblé des apparentés est plus rapide. S’y ajoute l’attente du premier rendez-vous : 12 semaines en médiane en 2022 pour une personne malade.

    Mes enfants peuvent-ils être testés ?

    Lorsque l’altération familiale est connue, le test est en général proposé aux enfants à partir de leur majorité, indique l’INCa. Les situations particulières se discutent avec l’équipe d’oncogénétique.

    Un homme peut-il être porteur d’une altération BRCA ?

    Oui. Ces altérations se transmettent par le père comme par la mère, et un homme porteur peut les transmettre à ses enfants. Un cancer du sein masculin justifie d’ailleurs une consultation d’oncogénétique.

    Sources