En bref
- La France n’a pas encore de dépistage organisé du cancer du poumon. Un programme pilote national, IMPULSION, inclut des volontaires depuis mai 2026 dans cinq régions, dont l’Île-de-France.
- Il s’adresse aux personnes de 50 à 74 ans qui fument ou ont arrêté depuis moins de 15 ans, avec un tabagisme d’au moins 20 paquets-années.
- L’examen est un scanner thoracique à faible dose, sans injection, pris en charge à 100 % : deux scanners à un an d’intervalle, puis un tous les deux ans.
- Pour vérifier votre éligibilité : le 34 33, le site depistage-cancer-poumon.fr ou votre médecin traitant.
- Une aide à l’arrêt du tabac est proposée à chaque participant fumeur.
Mis à jour en novembre 2026. Cet article d’information générale ne remplace pas l’avis de votre médecin.
Le cancer du poumon est le plus meurtrier des cancers en France. L’Institut national du cancer (INCa) recense environ 53 000 nouveaux cas par an et 30 896 décès en 2022. Longtemps silencieux, il est découvert à un stade avancé dans 73 % des cas, et le taux de survie nette à cinq ans n’est que de 20 %.
Contrairement aux cancers du sein, colorectal et du col de l’utérus, il ne fait pas encore l’objet d’un dépistage organisé. Mais depuis mai 2026, un programme pilote baptisé IMPULSION propose un scanner du thorax à des fumeurs et anciens fumeurs dans cinq régions. Le but : repérer des cancers plus tôt et préparer un éventuel dépistage national.
Pourquoi un programme pilote d’abord
En 2022, la Haute Autorité de santé (HAS) a reconnu que le scanner à faible dose réduit la mortalité par cancer du poumon chez les personnes fortement exposées au tabac, de l’ordre de 5 vies sauvées pour 1 000 personnes dépistées. Mais trop de questions restaient ouvertes (population à cibler, rythme des examens, surdiagnostic, coût, inégalités d’accès) pour lancer d’emblée un programme national. Elle a donc recommandé un programme pilote confié à l’INCa.
Retenu en janvier 2025 et financé à hauteur de 6 millions d’euros, IMPULSION est coordonné par la Pr Marie-Pierre Revel (AP-HP) et le Pr Sébastien Couraud (Hospices civils de Lyon). Annoncé pour 2025, il a ouvert ses inclusions en mai 2026 en Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France, Île-de-France, Pays de la Loire et Provence-Alpes-Côte d’Azur. C’est un programme de recherche : chaque participant signe un consentement.
Qui est concerné par le dépistage du cancer du poumon ?
Trois conditions doivent être réunies :
- avoir entre 50 et 74 ans ;
- fumer, ou avoir arrêté depuis moins de 15 ans ;
- avoir fumé au moins 20 paquets-années, ou plus de 15 cigarettes par jour pendant plus de 25 ans, ou plus de 10 cigarettes par jour pendant plus de 30 ans.
Vingt paquets-années, c’est par exemple un paquet par jour pendant 20 ans. Le tabac roulé, les cigarillos, les cigares, la pipe et la chicha comptent aussi. Votre médecin ou le centre d’appel peuvent vous aider à faire le calcul.
Sont exclues les personnes qui ont des symptômes évocateurs (elles doivent consulter sans attendre), celles atteintes de maladies graves empêchant une prise en charge et, temporairement, celles qui ont passé un scanner thoracique il y a moins de 12 mois.
Le scanner faible dose, comment ça se passe
Il s’agit d’un scanner du thorax sans injection, réglé pour limiter l’exposition aux rayons X. Il dure moins de dix minutes, sans douleur ni anesthésie. Les images sont lues par deux radiologues formés à ce dépistage, avec l’appui d’un logiciel d’intelligence artificielle. Un deuxième scanner a lieu un an après le premier, puis un tous les deux ans. Les résultats sont transmis sous quinze jours à vous et à votre médecin traitant.
Comment lire les résultats
- Négatif : aucune anomalie suspecte, soit environ 89 participants sur 100 selon le site du programme. Le suivi doit toutefois continuer.
- Indéterminé : une anomalie est à surveiller, avec un scanner de contrôle à 1, 3 ou 6 mois. La plupart se révèlent non cancéreuses.
- Positif : environ 2 cas sur 100. L’image évoque un cancer, ce qui se confirme à peu près une fois sur deux. Des examens complémentaires sont alors organisés.
Des bénéfices, et des limites
Les essais NLST et NELSON ont montré une baisse de 20 à 25 % de la mortalité par cancer du poumon chez les personnes dépistées. L’INCa estime à 13 000 le nombre de décès évitables en cinq ans en France. En face, la HAS relevait que 0,1 % à 1,5 % des personnes incluses dans les études avaient subi un examen invasif à cause d’un faux positif. S’y ajoutent le surdiagnostic (des lésions qui n’auraient jamais évolué) et l’anxiété de l’attente.
Comment participer
- Vérifier son éligibilité : questionnaire en ligne sur depistage-cancer-poumon.fr, centre d’appel national au 34 33, ou un professionnel de santé. Les généralistes y jouent un rôle clé (voir notre espace professionnels de santé).
- Passer la consultation d’inclusion avec un médecin investigateur, qui confirme l’éligibilité et recueille votre consentement.
- Prendre rendez-vous pour le scanner dans un centre de radiologie habilité, repéré sur la carte du site officiel. Le 34 33 aide à trouver un centre mais ne donne pas les rendez-vous.
Le scanner est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie, sans avance de frais. Les consultations, les examens complémentaires et les éventuels soins sont remboursés dans les conditions habituelles.
L’Île-de-France fait partie des régions pilotes, Hauts-de-Seine compris. Les centres ouvrent progressivement (l’INCa prévoit 5 à 15 centres de radiologie par région) : la carte du site officiel indique ceux qui sont ouverts. Pour les autres dépistages du département, consultez notre page se faire dépister dans les Hauts-de-Seine.
Où en est le programme fin 2026 ?
Six mois après l’ouverture des inclusions, IMPULSION recrute. L’objectif est de réunir 20 000 volontaires sur 18 à 24 mois, soit vraisemblablement jusqu’à fin 2027 ou début 2028. Au printemps, l’agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes visait 2 514 inclusions. Aucun bilan national des inclusions n’avait été publié, à notre connaissance, à la date de cette mise à jour.
Le dépistage doit ensuite être étendu progressivement à d’autres régions. Si les résultats se confirment, il pourrait servir de modèle à un déploiement à grande échelle « à l’horizon 2030 », selon l’INCa. Aucun calendrier officiel de généralisation n’est arrêté.
Ce que font déjà d’autres pays
L’INCa cite des programmes de dépistage par scanner faible dose en Roumanie, en Croatie, en Italie, en Angleterre et en Australie. En Angleterre, le programme national vise les 55 à 74 ans ayant fumé ; ceux jugés à haut risque passent un scanner tous les deux ans, avec une couverture complète visée pour mars 2030. Aux États-Unis, l’U.S. Preventive Services Task Force recommande depuis 2021 un scanner annuel de 50 à 80 ans, avec les mêmes seuils de 20 paquets-années et d’arrêt depuis moins de 15 ans.
Comme en Angleterre, le rythme français passe à un scanner tous les deux ans après les deux premiers examens. La France a surtout choisi d’évaluer l’organisation en conditions réelles avant de généraliser.
Arrêter de fumer reste la meilleure protection
Le scanner repère un cancer, il ne l’empêche pas. Le tabac est en cause dans plus de 80 % des cancers du poumon, et Santé publique France lui attribue plus de 68 000 décès en 2023. D’après les données de l’essai NLST citées par l’INCa, associer dépistage et arrêt du tabac réduit de 38 % le risque de décès par cancer du poumon. IMPULSION propose donc systématiquement une aide au sevrage, sans en faire une condition de participation. D’autres ressources existent :
- Tabac info service, au 39 89, offre un accompagnement gratuit par un tabacologue et une application d’e-coaching.
- Mois sans tabac, dont la 11e édition se tient en novembre 2026, invite à arrêter 30 jours, ce qui multiplie par cinq les chances d’arrêter à long terme selon Santé publique France.
- La grande majorité des substituts nicotiniques sont remboursés à 65 % sur prescription.
Votre médecin traitant ou un tabacologue vous aidera à choisir la méthode adaptée.
Les signes qui doivent faire consulter
Le dépistage s’adresse à des personnes sans symptômes. Si vous en avez, même sans avoir jamais fumé, consultez votre médecin sans attendre. L’INCa et l’Assurance maladie citent notamment :
- une toux nouvelle, qui persiste ou qui change ;
- des crachats de sang ;
- un essoufflement récent ou qui s’aggrave ;
- des douleurs dans la poitrine ou l’épaule ;
- des bronchites ou pneumonies à répétition ;
- une voix enrouée qui dure ;
- une fatigue persistante, une perte d’appétit ou un amaigrissement inexpliqué.
Ces signes peuvent avoir bien d’autres causes, mais leur persistance doit alerter.
Questions fréquentes
Le dépistage du cancer du poumon est-il gratuit ?
Le scanner, oui : il est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie, sans avance de frais. Les consultations et examens complémentaires sont remboursés comme d’habitude.
J’ai arrêté de fumer il y a plus de 15 ans, suis-je concerné ?
Pas dans le cadre du programme, réservé aux fumeurs et aux anciens fumeurs sevrés depuis moins de 15 ans. En cas de symptômes ou d’inquiétude, parlez-en à votre médecin traitant.
Un résultat positif veut-il dire que j’ai un cancer ?
Pas forcément. Environ la moitié seulement des scanners positifs correspondent à un cancer. Des examens complémentaires permettent de trancher.
J’habite hors des régions pilotes, que faire ?
Le programme doit s’étendre progressivement. En attendant, le site officiel et le 34 33 indiquent les centres ouverts, et votre médecin traitant peut faire le point sur votre situation.
Le scanner faible dose est-il risqué ?
Il utilise des rayons X à dose volontairement limitée, sans injection. La HAS a demandé que les risques des examens répétés, du surdiagnostic et des faux positifs soient mieux documentés : c’est l’un des objectifs du programme pilote.
Sources
- Présentation du programme pilote de dépistage des cancers du poumon IMPULSION, Institut national du cancer
- Dépistage du cancer du poumon : les inclusions du programme de recherche IMPULSION sont ouvertes, Institut national du cancer
- Dépistage des cancers du poumon : l’Institut national du cancer annonce le projet lauréat du programme pilote, Institut national du cancer
- Cancer du poumon, Je fais mon dépistage, Institut national du cancer
- Foire aux questions, site officiel du programme IMPULSION
- Dépistage du cancer du poumon : la HAS recommande l’engagement d’un programme pilote, Haute Autorité de santé
- Un programme de dépistage précoce du cancer du poumon déployé dans certaines régions, Service-Public.fr
- Dépistage du cancer du poumon : les inclusions du programme de recherche IMPULSION sont ouvertes, ARS Île-de-France
- Dépistage du cancer du poumon : lancement du programme IMPULSION en Auvergne-Rhône-Alpes, ARS Auvergne-Rhône-Alpes
- Quels sont les symptômes des cancers du poumon ?, Institut national du cancer
- Symptômes et diagnostic du cancer du poumon, Assurance maladie
- Arrêt du tabac : quelle prise en charge pour les substituts nicotiniques ?, Assurance maladie
- Mois sans tabac 2026 : ouverture des inscriptions, Santé publique France
- Tabagisme en France : 68 000 décès évitables en 2023, une baisse encourageante mais un fardeau toujours trop important, Santé publique France
- New lung cancer screening roll out to detect cancer sooner, gouvernement britannique (GOV.UK)
- Lung Cancer: Screening, U.S. Preventive Services Task Force
